L’influence de la persistance des réflexes primitifs sur la vision

 « Pour l’enfant, se mouvoir est un besoin aussi fondamental que manger et dormir. Son développement physique et intellectuel aussi en dépend ».

Th. Bertherat,  C. Bernstein.

Lorsque nous parlons de la vision, nous pensons forcément aux yeux.  Mais souvent nous oublions que les yeux font partie d’un système visuel qui comprend le cerveau.  C’est le cerveau qui cherche à voir – par les yeux qui sont les fenêtres du cerveau – pour sa survie, son orientation, et sa curiosité et son intérêt.  C’est lui qui interprète et analyse les informations visuelles pour en faire sens. Le système visuel est lié à d’autres systèmes et aux autres sens et la vue est le résultat de ces liens.

Tout ce que nous vivons à travers notre vision est le produit des années d’expériences sensorielles. La signification des informations visuelles est dépendante, pour le bébé, des autres sens. La vue est combinée avec le retour d’informations liées aux mouvements, son, toucher, odorat, goût et proprioception à partir des muscles, des tendons et des articulations du corps.  La reconnaissance des objets ne se fait pas uniquement par la vision, mais également par le toucher, le goût, l’odorat, le son et une combinaison de tous ces sens.

Les activités du monde moderne sollicitent de manière croissante les yeux, surtout dans le domaine de la lecture et l’écriture. Il est ainsi nécessaire, pour un meilleur apprentissage lors de la scolarité, que le développement de l’enfant et de son système visuel soient le plus harmonieux possible.

Des études sur le développement du nourrisson et de l’enfant ont pu faire le lien entre la coordination corporelle et la coordination visuelle. (Gesell)  Ainsi les fondations d’une bonne vision se développent en tandem avec le développement du mouvement dans la première année de vie et les années suivantes. S’ajoutent à ce processus naturel les effets des expériences de la vie dont certaines peuvent, par la voie du Système Nerveux Autonome (SNA), modifier, parmi d’autres fonctions, la vue et la posture, mettant en place un fonctionnement perturbé et des habitudes inappropriées.

C’est le Système Nerveux Central (SNC) qui fournit la connexion avec tous les systèmes du corps. Tout défaut dans sa structure ou sa régulation affectera la réception, le traitement et l’expression de la sensation interne et externe.  Ainsi, tous les « sens » s’appuient sur la structure solide et mature du SNC.

A la naissance, les capacités visuelles du bébé sont encore immatures bien qu’il ait tout de suite les yeux ouverts et puisse déjà orienter son regard vers une source de lumière ; une pré-organisation des centres récepteurs de l’œil et du cortex visuel est déjà en place.  Sa vision est adaptée à ses besoins immédiats.  Son monde visuel est celui des changements de formes, des ombres, des motifs et du mouvement ; et la lumière le fascine particulièrement. Il est attiré par les contours mais il ne peut voir les détails. Sa mise au point la plus facile est proche.

Ce sont les réflexes primitifs de survie qui fournissent le mécanisme par lequel il apprend à comprendre ce qu’il voit lors de la première année de vie.  Ces réflexes primitifs vont lui apprendre à coordonner la musculature oculaire afin qu’il puisse acquérir les capacités accommodatives, la fusion, la fixation centrale, la convergence et la capacité à gérer un excès de lumière.  Tout problème plus tard avec ces capacités peut être directement attribué aux réflexes primitifs de survie qui restent actifs au delà de 12 mois empêchant les réflexes posturaux de se développer pleinement et par conséquence, perturbant le fonctionnement oculomoteur.  Si le bébé n’a pas la stimulation nécessaire des yeux par le mouvement des objets, les jeux d’ombre et de la lumière, après la naissance, le potentiel de ses capacités se sclérose et les étapes ultérieures de développement sont perturbées voire, parfois, arrêtées.

Appelés également les réflexes de survie, primaires ou archaïques, ce sont des mouvements spontanés et involontaires en réponse à un stimulus venant de l’intérieur ou de l’extérieur.  Ces mouvements sont gouvernés par le cerveau reptilien où se trouve l’origine du Système Nerveux Central (SNC) et surtout le Système Nerveux Autonome (SNA).

Ces réflexes se développent in-utero. Ils sont présents à la naissance chez l’enfant né à terme et ils sont inhibés ou intégrés par les centres supérieurs du cerveau en développement dans les premiers douze mois de vie post-natale. Tout bébé normal né à terme est équipé d’une série de réflexes primitifs qui vont l’aider à survivre lors des premières semaines et des premiers mois de vie.  Ces réflexes se manifestent, par exemple lorsque l’on caresse un côté de la bouche du bébé, par la rotation de sa tête dans la même direction que le côté caressé (réflexe de fouissement) pour chercher le sein.  Lorsque l’on met un doigt dans la bouche du bébé, on déclenche son réflexe de succion.  Si on met un objet dans la main du bébé, il le saisit mais il ne peut le lâcher volontairement.

Chaque réflexe sert un ou plusieurs objectifs : la naissance, la survie et  le développement sensoriel, moteur et cérébral. Un réflexe émerge à un moment précis pour être en place puis il diminue lors d’une période d’inhibition en même temps que le réflexe suivant apparaît.  Chaque réflexe a un mouvement d’inhibition.

Les réflexes primitifs fournissent des indicateurs de la maturité du SNC. Au début de la vie, les réflexes primitifs remplissent à la fois les fonctions essentielles de survie et la base rudimentaire pour le mouvement volontaire mis en place plus tard.  Tandis qu’au fur et à mesure que se développe le système nerveux, ces mouvements involontaires répétés et pratiqués sont incorporés dans des mouvements plus complexes tels que les réflexes posturaux. Ceux-ci n’ont plus besoin de réponse réflexe car les mouvements  évoluent en réponses volontaires, maîtrisées et raffinées.

Les réflexes primitifs, une fois intégrés, permettent aux réflexes posturaux de se mettre en place pour la vie.

A chaque étape du développement moteur, il y a un développement correspondant de la capacité visuelle tel que les capacités oculomotrices, d’acuité et accommodative.  Plus tard, lorsque le bébé devient plus mobile à travers la marche à quatre pattes, sa capacité accommodative augmente et sa vision binoculaire s’établit.

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